« La marche Batut »
du 24 octobre 2026 au 16 janvier 2027
Nicolas Fremiot
Vernissage le 23 octobre à 18h30
Nicolas Fremiot a marché en 2023 et 2004 de Labruguière à Céret sur les pas d’Arthur Batut qui arpenta au 19ème le Tarn et ses départements limitrophes.
Ce photographe qui développe depuis le début des années 1990 une œuvre étroitement liée au déplacement et à la marche a été accueilli en octobre 2023 pour cheminer à pied sur les pas d’Arthur Batut, lui-même grand marcheur photographe. De Labruguière à Céret, l’artiste a pu poursuivre ses investigations photographiques du paysage contemporain et a rencontré les habitants des territoires traversés en se faisant accueillir à chaque étape de son parcours. La première semaine de résidence où l’artiste a rencontré et cheminé avec des résidents du Foyer de Jeunes Travailleurs de Castres a été soutenue par le Ministère de la Culture dans le cadre du dispositif Entre les Images porté par le réseau Diagonal. L’exposition de restitution s’inscrit quant à elle dans le programme de commémoration du Bicentenaire de la Photographie, en partenariat avec le Centre d’art et de Photographie Lumière d’Encre de Céret, le Graph-CMI et la SESA à Carcassonne.
Je veux aller à pied à travers les paysages.
En tant que tel, ils n’existent pas.
Ils sont d’abord des perceptions et le fruit de l’intervention de l’homme.
Trop souvent, nous nous contentons de les faire défiler à toute vitesse, immédiatement consommés.
Combien de territoires, de « pays » sommes-nous conduits, en effet, à traverser en bus, T.E.R, en tram, en train, en voiture, y sommes-nous vraiment et que voyons-nous ?
Au lieu d’habiter le monde, nous finissons par habiter des lieux fonctionnels : voitures, immeubles, bureaux, centres commerciaux… Tel que « le corps n’est plus qu’un paquet en transit, un pion bougé de case en case ;
il ne se meut pas, il est mu » pour citer Rebecca Solnit (l’art de marcher, ed. Babel 2002).
Inexorablement, je traverse à pied les paysages, pour mieux aller à leur rencontre, m’en imprégner, les saisir et les restituer avec mon regard. Cette DÉ(s)MARCHES s’inscrit dans la lignée de photographes tels que Hamish Fulton, Richard Long ou le groupe Stalker qui créent des œuvres grâce et à partir de leurs déplacements dans la nature ou en milieu urbain.
Depuis 2004, conjointement aux marches Ilienne, j’ai entrepris de construire des parcours continentaux, pour traverser la diversité du territoire français, en poursuivant une recherche artistique sur la perception du paysage quotidien.
LA MARCHE ARTHUR BATUT PAR NICOLAS FREMIOT
Il débute à la cinémathèque française en 1987. Puis successivement il est journaliste, iconographe, tireur, photographe industriel. De 1999 à 2003 il est membre du collectif Le Bar Floréal photographie. En 1991, il réalise sa première déambulation dans les iles bretonnes. Cette démarche inaugure pour lui alors un nouveau rapport aux paysages ; désormais il les traverse à pied, pour mieux aller à leur rencontre, s’en imprégner pour mieux les recréer selon mon propre désir. Son travail s’inscrit dans la lignée de photographes tels que Hamish Fulton, Richard Long ou le groupe Stalker qui créent des œuvres grâce et à partir de leurs déplacements dans la nature ou en ville. Lauréat de plusieurs prix et aides à la création (MAC/VAL, DRAC, FNAGP, etc.), on retrouve certaines de ses œuvres dans des collections privées comme La Fnac et publiques, dont le Fond Départemental d’Art Contemporain de Seine-Saint-Denis, la Bibliothèque Nationale de France, des fonds municipaux, des artothèques dont Annecy, Grenoble, La Roche-sur-Yon et des musées (Chambéry, Bièvre, de Seine-et-Marne, etc..).
À PROPOS DE NICOLAS FREMIOT
ARTHUR BATUT : LA PHOTOGRAPHIE ET LA MARCHE
Extraits de La photographie et les excursions à pied, manuscrit d’Arthur Batut rédigé vers 1900 qui était un projet d’édition à l’attention des touristes amateurs de photographie.
« […], je voudrais venir simplement en aide à ceux qui, enthousiasmés par les résultats qu’elle (la photographie instantannée) donne, ont acheté un appareil et ne savent pas trop qu’en faire après qu’ils ont reproduit des divers points de vue qui se trouvent à leur portée […]. Mais pour s’exercer utilement je ne pense pas que le débutant doive se mettre en face d’un paysage ou d’un monument, toujours les mêmes, et les reproduire à satiété jusqu’à ce qu’il en ait obtenu une épreuve satisfaisante. Je crois que ce serait le sûr moyen de tuer chez lui le goût de la photographie. Il faut donc qu’il sorte, qu’il aille chercher des sujets à reproduire. Mais là encore se rencontre un écueil. Qu’il ne sorte pas pour faire de la photographie ! Qu’il sorte pour trouver des sujets intéressants ; s’il les rencontre, mais seulement alors, qu’il les reproduise après avoir mûrement étudié l’aspect sous lequel ils se présentent le mieux et la direction de l’éclairage qui leur convient. Tant qu’on se bornera à de simples promenades, le mieux sera de ne pas emporter d’appareil ; on serait trop tenté de tout photographier comme le jeune chasseur qui ne voyant pas de gibier, brûle sa poudre aux papillons. On choisira ainsi à tête reposée et le point de vue et l’heure où le soleil fournira un éclairage favorable. On ne se doute pas du plaisir qu’on éprouve alors à aller presque à coup sûr reproduire un site intéressant en mêlant de la sorte à la photographie qu’on exécute une partie de soi-même puisqu’on a tout choisi dans les circonstances qui entourent la reproduction, heure, lumière, état du ciel et à y faire ainsi pénétrer le caractère et l’Art. L’art est-il en effet autre chose que le sentiment de la nature traduit par l’âme humaine ? […]
Et d’abord à quel mode de locomotion donner la préférence ? Sera-ce au cheval, à la voiture, au vélocipède, au chemin de fer que nous demanderons de nous transporter, nous et nos appareils, dans les lieux que nous voudrons reproduire ? Ici, pas d’hésitation ; pour nous il n’y a qu’un seul mode de locomotion au point de vue du touriste et surtout du touriste photographe ; c’est la marche. […]. Le touriste qui croirait connaître un pays qu’il aurait parcouru en voiture en se faisant arrêter devant tous les sites intéressants se ferait la même illusion qu’un écolier qui penserait connaître les auteurs de l’antiquité ou du XVIIème siècle parce qu’il en aurait lu quelques fragments dans des recueils de morceaux choisis. […]. N’oublions pas d’ailleurs que l’homme n’estime vraiment que ce qu’il a conquis et ne craignons pas d’acheter par un peu de fatigue la joie d’apercevoir de loin, se rapprochant peu à peu d’une manière insensible, le vieux donjon qui semble nous attendre debout sur un roc inaccessible ou de voir après une route poudreuse et monotone s’ouvrir tout à coup le frais vallon où dorment les ruines d’une antique abbaye.
Le mouvement que procure la marche semble d’ailleurs se communiquer à la pensée ; l’esprit devient plus apte à recevoir les impressions que les objets extérieurs provoquent en lui. Les divers aspects des lieux parcourus se gravent dans le souvenir avec une telle intensité qu’il est facile de les y retrouver après une longue suite d’années. Ce qui tient aussi à ce que les impressions, ayant une durée relativement assez longue grâce à la lenteur de la marche, ne se superposent pas en se brouillant comme dans les voyages en chemin de fer. N’arrive-t-il pas en effet la plupart du temps après une journée passée à la portière d’un wagon qu’à part deux ou trois sites remarquables on ne retrouve dans sa mémoire qu’un fouillis inextricable de montagnes, de plaines, de vallées aux contours vagues et confus qui ne laisseront aucune trace après deux ou trois jours […].
La résidence et l'exposition ont pu se faire grâce au soutien :
– du Musée Arthur Batut à Labruguière (Tarn), de Lumière d’Encre centre d’art et de photographie à Céret (Pyrénées-Orientales), du GRAPh CMI / Centre Méditerranéen de l’Image et du SESA (Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude) à Carcassonne (Aude).
– du département de l’Aude
– du réseau Air de Midi
– du réseau Diagonal (dispositif Entre les Images soutenu par le Ministère de la Culture)
– du Foyer de Jeunes Travailleurs de Castres
La résidence de Nicolas Fremiot a reçu le soutien de la DRAC Occitanie et l’exposition s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire de la Photographie (1er septembre 2026 – 30 septembre 2027).
L’exposition La marche Batut a été présentée au GRAPh CMI / Centre Méditerranéen de l’Image à Carcassonne du 2 juillet au 29 août 2026 et ira à Lumière d’Encre centre d’art et de photographie à Céret à partir du 23 janvier 2027 après son étape labruguièroise.
À partir du 3 novembre, vous pouvez découvrir à la médiathèque André Malraux de Maisons-Alfort une autre exposition de Nicolas Freliot : Itinéraire du livre et de la lecture à Maisons-Alfort Nicolas Fremiot organisée à l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition d’André Malraux.