« Portrait-type »

Arthur Batut

À partir d’un procédé imaginé par Francis Galton, Arthur Batut met au point en 1887 une méthode opératoire pour créer une image composite provenant de multiples portraits individuels.

À Labruguière, il photographie 50 individus de face, yeux horizontaux, face à l’objectif. Il développe les 50 photos, et ensuite il re-photographie chaque photo, en divisant le temps de pause par le nombre de sujets (50), sur la même plaque. En photographiant chaque sujet 1 seconde sur la même plaque, à la fin, il obtient 1 pause de 50 secondes. L’image sera donc bien exposée, et va être une image composite de 50 sujets.

Plus le nombre d’individus est élevé, moins se fait sentir l’influence individuelle et plus prennent d’importance, par conséquent, les traits généraux. L’image composite est toujours plus belle que les individus eux-mêmes, tous les défauts individuels ont été gommés. C’est une image virtuelle car ce qu’elle représente  n’existe pas.

Après des essais encourageants sur les villageois de Labruguière, Arthur Batut dresse le portrait-type des charbonniers de la forêt de Montaud, de l’Arlésienne, des femmes d’Agde, ou encore des habitants de Vich ou de Huesca en Espagne.          

LE PORTRAITS DE L'INVISIBLE

« Reproduire à l’aide de la photographie une figure dont la réalité matérielle n’existe nulle part, un être irréel dont les éléments constitutifs sont disséminés sur un certain nombre d’individus et qui ne peut être conçu que virtuellement, n’est ce point un rêve ?  

Portrait-type obtenu avec 10 jeunes-filles d'Arles

Si l’on fait défiler devant un appareil photographique une série de portraits d’individus appartenant à la même race, en donnant à chacun d’eux une pose trop courte pour en permettre la reproduction, et si leur nombre est suffisant pour que la somme de ces poses trop courtes atteigne la longueur d’une pose normale, on obtiendra le résultat que voici :

–        les traits individuels, n’ayant pas eu le temps de pose
         nécessaire, 
se trouveront éliminés  et 
–        les traits communs à l’ensemble des portraits, ceux
         qui constituent 
le lien  de la race,  le type, apparaîtront
         seuls  
sur la plaque. » 

« Au début de nos expériences, nous éprouvions une sincère émotion à voir lentement apparaître, à la pâle lueur du laboratoire, cette figure impersonnelle qui n’existe nulle part et que l’on pourrait nommer le portrait de l’invisible. »  

– Arthur Batut