le portrait-type

LE PORTRAIT-TYPE

Arthur Batut invente un procédé photographique qui permet de créer des portraits-types de groupe d’individus de la même région géographique, de la même famille, … 

"... Le portrait de l'invisible"

À partir d’un procédé imaginé par l'anthropologue britannique Francis Galton (1822 - 1911), Arthur BATUT met au point une méthode opératoire pour créer une image composite provenant de multiples portraits individuels.

Rapidement, sa démarche va dépasser le simple cadre de l’anthropologie et investir les domaines de l’art. Il veut démontrer par sa méthode que la photographie met, à la portée de tous, le pouvoir créateur des sculpteurs ou des peintres.

« Reproduire à l’aide de la photographie une figure dont la réalité matérielle n’existe nulle part, un être irréel dont les éléments constitutifs sont disséminés sur un certain nombre d’individus et qui ne peut être conçu que virtuellement, n’est ce point un rêve ? »

« Les portraits seront tous exécutés rigoureusement de face et présenteront des dimensions identiques… les épreuves seront soigneusement repérées en se basant sur les yeux et collées sur des cartons… Plus grand est le nombre des sujets, moins se fait sentir l’influence individuelle, et plus prennent d’importance les traits généraux. »

« Au début de nos expériences, nous éprouvions une sincère émotion à voir lentement apparaître, à la pâle lueur du laboratoire, cette figure impersonnelle qui n’existe nulle part et que l’on pourrait nommer le portrait de l’invisible. »

Mode opératoire

« Si l’on fait défiler devant un appareil photographique une série de portrait d’individus appartenant à la même race, en donnant à chacun d’eux une pose trop courte pour en permettre la reproduction, et si leur nombre est suffisant pour que la somme de ces poses trop courtes atteigne la longueur d’une pose normale, on obtiendra le résultat que voici :

  • les traits individuels, n’ayant pas eu le temps de pose nécessaire, se trouveront éliminés,
  • les traits communs à l’ensemble des portraits, ceux qui constituent le lien de la race, le type apparaîtront seuls sur la plaque. »
Le portrait-type par Arthur Batut

Après des essais encourageants sur les villageois de Labruguière, Arthur Batut dresse le portrait-type de l’arlésienne, des femmes d’Agde, ou encore des habitants de Vich et de Huesca en Espagne.

 

Portrait-type des femmes d'Arles par Arthur Batut

Polémique sur le portrait-type

« Le portrait type permet d’obtenir le type d’une famille, d’une tribu ou d’une race, et peut certainement rendre des services au point de vue ethnologique ».

Il ne voulait rien démontrer, mais simplement affirmer une de ses constatations qui l’avait beaucoup intrigué : les personnes vivant dans de mêmes lieux géographiques, avec peu de contacts avec l’extérieur, ont de multiples points physiques communs. Une certaine presse à l’époque a extrapolé, et il s’est expliqué :

« La photographie de type a été appliquée à tort à des recherches pour lesquelles elle n’est pas faite. En Amérique on a voulu en tirer le type du médecin, de l’industriel ou du pasteur.
En Italie, Lombroso, criminaliste, a voulu s’en servir pour obtenir le type du criminel. Ce n’est pas sérieux. Le procédé met en évidence des analogies physiques, et pas des analogies intellectuelles. »

En fait, la meilleure critique qui lui ait été faite lors de la sortie de son traité : « À vouloir trop prouver, vous ne prouvez rien sinon que tous les hommes sont frères ».

Le portrait-type par Arthur Batut

« Portrait-type »

Arthur Batut

À partir d’un procédé imaginé par Francis Galton, Arthur Batut met au point en 1887 une méthode opératoire pour créer une image composite provenant de multiples portraits individuels.

À Labruguière, il photographie 50 individus de face, yeux horizontaux, face à l’objectif. Il développe les 50 photos, et ensuite il re-photographie chaque photo, en divisant le temps de pause par le nombre de sujets (50), sur la même plaque. En photographiant chaque sujet 1 seconde sur la même plaque, à la fin, il obtient 1 pause de 50 secondes. L’image sera donc bien exposée, et va être une image composite de 50 sujets.

Plus le nombre d’individus est élevé, moins se fait sentir l’influence individuelle et plus prennent d’importance, par conséquent, les traits généraux. L’image composite est toujours plus belle que les individus eux-mêmes, tous les défauts individuels ont été gommés. C’est une image virtuelle car ce qu’elle représente  n’existe pas.

Après des essais encourageants sur les villageois de Labruguière, Arthur Batut dresse le portrait-type des charbonniers de la forêt de Montaud, de l’Arlésienne, des femmes d’Agde, ou encore des habitants de Vich ou de Huesca en Espagne.          

LE PORTRAITS DE L'INVISIBLE

« Reproduire à l’aide de la photographie une figure dont la réalité matérielle n’existe nulle part, un être irréel dont les éléments constitutifs sont disséminés sur un certain nombre d’individus et qui ne peut être conçu que virtuellement, n’est ce point un rêve ?  

Portrait-type obtenu avec 10 jeunes-filles d'Arles

Si l’on fait défiler devant un appareil photographique une série de portraits d’individus appartenant à la même race, en donnant à chacun d’eux une pose trop courte pour en permettre la reproduction, et si leur nombre est suffisant pour que la somme de ces poses trop courtes atteigne la longueur d’une pose normale, on obtiendra le résultat que voici :

–        les traits individuels, n’ayant pas eu le temps de pose
         nécessaire, 
se trouveront éliminés  et 
–        les traits communs à l’ensemble des portraits, ceux
         qui constituent 
le lien  de la race,  le type, apparaîtront
         seuls  
sur la plaque. » 

« Au début de nos expériences, nous éprouvions une sincère émotion à voir lentement apparaître, à la pâle lueur du laboratoire, cette figure impersonnelle qui n’existe nulle part et que l’on pourrait nommer le portrait de l’invisible. »  

– Arthur Batut